Editorial

Editorial de Décembre 2018

PAPE FRANÇOIS : EXHORTATION APOSTOLIQUE SUR L’APPEL A LA SAINTETE : « SOYEZ DANS LA JOIE ET L’ALLEGRESSE » (SUITE) DEUX ENNEMIS SUBTILS DE LA SAINTETE : LE GNOSTICISME ET LE PELAGIANISME

Concernant notre marche vers la sainteté, le Pape signale deux ennemis subtils : le gnosticisme et le pélagianisme.

LE GNOSTICISME ACTUEL : Le gnosticisme ou la gnose est une pensée religieuse selon laquelle le salut s’obtient par la connaissance et non par la grâce. Les gnostiques, c’est à dire les partisans du gnosticisme, conçoivent un esprit sans incarnation et se renferment dans un subjectivisme où seule compte une expérience déterminée ou une série de raisonnements et de connaissances abstraits. C’est une spiritualité désincarnée. De plus, Dieu nous dépasse infiniment. Ainsi, celui qui veut que tout soit clair et certain prétend dominer la transcendance de Dieu. Or Dieu est présent mystérieusement dans la vie de toute personne. C’est pourquoi dans l’Eglise cohabitent à bon droit diverses manières d’interpréter de nombreux aspects de la doctrine et de la vie chrétienne qui, dans leur variété, aident à mieux expliquer le très riche trésor de la Parole de Dieu. La perfection des personnes se mesure par leur degré de charité et non par la quantité des données et des connaissances qu’elles accumulent. Ce que nous croyons savoir devrait être toujours un motif pour mieux répondre à l’amour de Dieu. Les œuvres de miséricorde et de piété n’entravent pas la contemplation, mais la favorisent. La vraie sagesse chrétienne ne doit pas être séparée de la miséricorde envers le prochain.

LE PELAGIANISME ACTUEL : Le pélagianisme est une hérésie chrétienne du moine Pélage, qui minimise le rôle de la grâce divine par rapport à celui de la volonté humaine. Les pélagiens font confiance uniquement à leurs propres forces, à leur propre volonté. Or, tous ne peuvent pas tout, et, en cette vie, les fragilités humaines ne sont pas complètement et définitivement guéries par la grâce. Dieu nous invite à faire ce que nous pouvons et à demander ce que nous ne pouvons pas. L’absence de la reconnaissance sincère, douloureuse et priante de nos limites est ce qui empêche la grâce de mieux agir en nous.

La grâce, justement parce qu’elle tient compte de notre nature, ne fait pas de nous, d’un coup, des surhommes. La grâce agit dans le temps et l’espace et, d’ordinaire, elle nous prend et nous transforme de manière progressive. Dieu marche avec nous et nous éclaire pour que nous puissions discerner sa volonté. Le don de la grâce surpasse les capacités de l’intelligence et les forces de la volonté humaine.

L’amour de Dieu, qui est la grâce suprême, comme tout vrai amour, est gratuit. D’où notre joyeuse gratitude devant Dieu. Tout ce qui est bien est grâce : notre existence terrestre, nos capacités naturelles, notre être, notre liberté. C’est seulement à partir du don de Dieu, librement accueilli et humblement reçu, que nous pouvons coopérer par nos efforts à nous laisser transformer de plus en plus. Il nous faut d’abord appartenir à Dieu, être ses enfants, et nous offrir à Lui (nos capacités, notre engagement, notre lutte contre le mal et notre créativité) dans la charité. Car si nous n’avons pas la charité, nous ne sommes rien.

Aussi, nous avons à éviter la justification par nos propres forces, l’adoration de la volonté humaine et de ses propres capacités, l’autosatisfaction égocentrique et élitiste dépourvue de l’amour vrai. « Cela se manifeste par de nombreuses attitudes apparemment différentes : l’obsession pour la loi, la fascination de pouvoir montrer des conquêtes sociales et politiques, l’ostentation dans le soin de la liturgie, de la doctrine et du prestige de l’Eglise, la vaine gloire liée à la gestion d’affaires pratiques, l’enthousiasme pour les dynamiques d’autonomie et de réalisation autoréférentielle. » Car il y a une hiérarchie des vertus qui nous invite à rechercher l’essentiel : la foi, la charité, l’espérance. La charité est la Loi dans sa plénitude : « Tu aimeras Dieu, et tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

Bonne marche vers Noël à tous !

P. Clément